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Massu : ombres et lumières de la France du XX siècle

 

                                                        Daniel Moatti

 

Jacques Massu est mort le 26 octobre. C’est une page de notre passé controversé qui se tourne. L’histoire de cet homme se mêle d’une façon singulière à l’histoire de notre pays et éclaire ses contradictions.

 

Né en 1908, enfant de troupe, jeune officier de la coloniale, il choisit en juin 1940 de suivre le seul Gouverneur qui rallie le Général de Gaulle. En effet, Massu n’hésite pas à mettre ses forces militaires coloniales du Tchad au service du seul haut fonctionnaire français noir de l’époque, Félix Eboué, d’origine guadeloupéenne. Leclerc devient son chef militaire. Massu traversera l’Afrique en combattant les fascistes italiens et les troupes hitlériennes. Il participera à la libération de la France, à celles de Paris et de Strasbourg, et entrera au cœur d’une Allemagne en feu. Il rencontre aussi l’amour, en la personne d’une Rochambelle, une infirmière de la 2ème DB, c’est une jeune femme d’origine juive qui, pour le rejoindre, divorcera du grand avocat des Droits de l’Homme, Henry Torrès. Voilà, une part de lumière

Voici, la part de l’ombre. Jacques Massu suit Leclerc au Vietnam, gagne dans cette guerre perdue ses étoiles de général de parachutistes. Face aux forces communistes d’Ho Chi Min qui luttent pour l’indépendance du Vietnam, Massu acquiert, comme beaucoup d’officiers parachutistes, un bagage idéologique. En Algérie, les Gouvernements successifs et impuissants de la IV République, donnent tous les pouvoirs de police à l’armée et demandent aux troupes parachutistes dirigées par Massu de détruire les forces politiques et militaires du Front de Libération Nationale (Algérien) qui mènent au cœur d’Alger une campagne fondée sur des attentats aveugles touchant essentiellement les civils. C’est l’engrenage infernal de la torture tout aussi aveugle que les attentats contre les civils. Le jeune universitaire communiste Maurice Audin ne reviendra pas vivant de son voyage chez les parachutistes. Il sera torturé et jamais son corps ne sera retrouvé. Quand je parle de bagage idéologique, j’entends que ces officiers de parachutistes devant la misère du peuple algérien, prennent conscience que si la France veut rester en Algérie, il faudrait que tous les Algériens soient égaux, européens et musulmans, qu’il faudrait des écoles pour les enfants des douars, des médecins et qu’il faut aussi lutter contre la paupérisation des populations musulmanes. Les officiers parachutistes veulent l’intégration de ces populations à la France. Ils veulent une égalité totale pour les populations musulmanes. Ils croient encore en la mission civilisatrice de la France coloniale. Mais il est trop tard, le peuple algérien a choisi dans l’épreuve et se rallie massivement au FLN. La torture n’aura servi à rien. Cependant, autre trait de lumière sur un fond d’affrontements sanglants, le couple Massu adopte deux enfants algériens et les élève comme ses propres enfants. Preuve de la foi de l’homme en cette fameuse intégration. Le général quitte l’Algérie en 1960, il reste loyaliste et refuse de rejoindre, en avril 1961, le putsch des généraux Challe, Jouhaud, Salan et Zeller contre le Président de Gaulle qui organise un référendum relatif à l’indépendance de l’Algérie.

 

Durant leur retraite, Jacques Massu et Georges Séguy, l’ancien secrétaire général de la C.G.T, ont usé ensemble de leur influence pour protéger les marais de la Loire d’un tracé d’autoroute. Et surtout, en novembre 2000, après le témoignage dans le journal le Monde, de Louisette Ighilahriz, algérienne torturée par les parachutistes, Massu reconnaît l’usage de la torture durant la Guerre d’Algérie. Il présente ses regrets. Il estime que si la France reconnaît et condamne ces pratiques, ce serait une avancée. Ce que Jacques Chirac amorce lors de son hommage à cet ancien compagnon de de Gaulle, en signifiant qu’au soir de sa vie, Jacques Massu avait assumé ses responsabilités avec courage et que la France s’engage dans un débat difficile sur les pages douloureuses de son histoire récente.