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Usage et mésusage du « copier/coller » parmi les jeunes

                               Daniel Moatti

                   Chercheur associé au Laboratoire d’Anthropologie,

Mémoire, Identité et Cognition sociale

                                              

 

Le « copier/coller » est une fonction développée dans tous les logiciels. Cette fonctionnalité permet de copier l’ensemble ou une partie d’un document – texte, image, musique, vidéo – et de le coller dans un autre fichier sans aucune perte d’information.

 

L’usage constant et démultiplié du « copier/coller » par les élèves et les étudiants pose le problème majeur de l’originalité et de la création personnelle.  Selon la chercheuse Michelle Bergadaà de l’Université de Genève, la majorité des élèves de lycée et la plupart des étudiants utilisent Internet pour l’élaboration de leurs devoirs. Les Travaux personnels Encadrés restent le domaine privilégié du « copier/coller ». Les facilités de duplication offertes par le Net évitent de longues et fastidieuses recherches d’ouvrages, la lecture des textes de référence, dispensent de recopier à la main et de concevoir un plan[1]. D’après ses conclusions, il faudra que l’université soit créative pour éviter de telles dérives. En fait, ce comportement commence dès le collège, bien souvent dans les centres de documentation et d’information qui proposent plusieurs postes reliés au Net. Systématiquement, et même si le documentaliste offre une grande palette de documents imprimés sérieux accompagnés d’une bonne iconographie, les élèves préfèrent largement l’accès à Internet. J’avais signalé cet état d’esprit dans un de mes articles publié par la revue InterCDI[2]. Comme Michelle Bergadaà, je préconise la fermeté dès le plus jeune âge lors de l’utilisation d’Internet. Ainsi les élèves prennent l’habitude de considérer le net  comme un outil supplémentaire mis à leur disposition et non comme une lanterne magique répondant à toutes les questions posées dans les minutes qui suivent le questionnement.

 

Une seconde difficulté soulevée reste l’utilisation publique du « copier/coller ». Les adolescents peu conscients des problèmes posés par le droit d’auteur copient et insèrent sur leurs blogs des fichiers textes, de musiques et d’images. Dès lors, loin d’être un problème universitaire ou scolaire, le « copier/coller » devient une question de société.

 

Evidemment, la recherche constante des copies sur Internet demeure possible, mais comme le signalent Michelle Berdagaà et Philippe Jestaz, le droit[3] et la technique informatique de traque ne peuvent et surtout ne doivent pas envahir la société.

 

Cependant de nouveaux logiciels anti-plagiat ont été mis au point, « Compilatio-net » utilisé depuis 2003 par l’université de Savoie[4]. Le site « Noplagiat » propose aux enseignants  un abonnement de 1€80 permettant d’analyser 5 documents[5]. Ainsi, nous assistons à une escalade technologique qui n’apporte peut-être pas les réponses souhaitables.

 

Des solutions existent. Les premières consistent à transformer les jeunes en artistes photographes, écrivains ou musiciens ; ainsi ils ne céderaient plus à la tentation du « copier/coller ». Une telle situation satisferait Saint-Exupéry, qui dénonçait dans son très beau livre « Terre des hommes »,  Mozart assassiné à travers le portrait poignant d’un jeune enfant migrant en compagnie de ses parents dans un train en troisième classe[6]. La transformation artistique reste un idéal difficile à atteindre. Des solutions plus réalistes et plus pragmatiques  misent sur la formation, dès les premiers pas sur Internet. Elles sont en cours d’institutionnalisation. Les chartes d’utilisation d’Internet fleurissent dans les établissements scolaires incitant au respect de la propriété intellectuelle. Le code de déontologie de l’élève à l’institut Saint-Joseph, au Québec, propose une utilisation responsable et respectueuse des technologies de l’information et de la communication. L’article 9 privilégie les logiciels gratuits et demande le respect des logiciels protégés par un copyright. Pour éviter le « copier/coller » l’article 17  demande à l’élève de citer ses sources. En France, la charte informatique proposée par le ministère de l’Education nationale à tous les établissements scolaires de France offre les mêmes dispositions[7].  L’une comme l’autre de ces chartes insiste sur la politesse et le respect d’autrui.  Est-ce suffisant ? Nous constaterons dans un prochain texte que les enjeux financiers sont énormes  provoquant une véritable traque technologique et juridique.

 


 

[1] BERGADAA Michelle  -  Du plagiat à la normalité, selon les étudiants-http://responsable.unige.ch/model.php?model=3-4&jump=_Toc535921195

[2] MOATTI Daniel – La fascination médiatique de l’école in Médias et CDI – N° spécial 196 d’InterCDI de juillet/août 2005

[3] JESTAZ Philippe – Le droit – 2002 - Dalloz

[4]  AFP – Un logiciel contre le plagiat des étudiants fraudeurs – 7 juin 2005

[6] SAINT-EXUPERY Antoine (de) – Terre des hommes -  1939 - Gallimard

[7]  Charte informatique du collège Pierre bertone – http://172.16.0.11/charte.htm