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A l’école de la créolité

 

Daniel Moatti

                         Chercheur associé au Laboratoire d’Anthropologie et de Sociologie

« Mémoire, Identité et Cognition sociale »

 

 

N’ayant pu assister à la rencontre avec Patrick Chamoiseau, durant le festival du livre à Mouans-Sartoux, je propose une courte biographie de cet auteur exceptionnel. Né à la Martinique en 1953, après des études supérieures en métropole, cet auteur prolifique devint éducateur de justice. Il suivait la réinsertion des jeunes détenus. De retour sur son île natale, il prend conscience de la disparition des « djobeurs » et des conteurs qui fréquentent les marchés.  Les djobeurs – du mot anglais job – sont à l’origine des portefaix qui transportaient des marchandises, puis le sens actuel signifie, bricoleurs. Ils exercent toutes sortes de petits métiers non déclarés au fisc comme à la sécurité sociale.  Cet intérêt sociologique pour deux métiers en voie de disparition conduit notre futur écrivain à s’intéresser à la langue utilisée par les uns et les autres. Le regard social de l’éducateur s’est transformé devenant l’analyse de l’ethnologue et la vision du poète. « Solibo, le magnifique » raconte l’histoire et la mort d’un conteur, « Texaco », la vie d’un quartier pauvre de Fort de France qui résiste à la logique rationaliste d’un architecte métropolitain. Ce roman publié par Gallimard en 1992 obtint, la même année, le prix Goncourt.  La disparition des conteurs et des djobeurs impliquent pour Patrick Chamoiseau une acculturation du peuple martiniquais qui perd ainsi ses racines et sa culture. Marqué au sens littéraire et social par la « négritude » comme d’autres écrivains, Chamoiseau rejoint Jean Bernabé et Raphaël Confiant pour lancer un manifeste «L’éloge de la créolité ». Cette créolité affirmée rappelle « la négritude » réclamée, soutenue et défendue par André Césaire et Léopold Senghor de la précédente génération d’écrivains noirs et francophones.  La créolité demeure le lien fondamental de la culture antillaise et caraïbe qui conjugue les apports caraïbes (les indiens, premiers occupants de ces îles tropicales), africains, asiatiques, levantins réunis sur un même sol par les tragédies humaines générées par une Histoire violente. Le créole n’est plus un africain, ni un asiatique, ni un Européen. La langue française utilisée par Damoiseau est enrichie par tous les mots nés de cette diversité culturelle. Cependant l’auteur maintien une distanciation par rapport au français et à la francophonie. Il se déclare plus proche d’un auteur caraïbe hispanophone ou anglophone que d’écrivains francophones africains ou québécois.  

 

Le dernier roman publié de notre auteur « Un dimanche au cachot » toujours chez Gallimard en 2007 décrypte les signes émis par les ruines d’un cachot qui racontent les souffrances humaines subies en ce lieu. L’écriture de Patrick Chamoiseau ne se limite pas aux romans, il rédige des scénarios cinématographiques pour Guy Deslauriers :

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-       L’exil du roi Béhanzin en 1994

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-       Biguine en 2000

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-       L’affaire Aliker