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A l’école de l’immigration

la cité nationale de l’histoire de l’immigration

 

Daniel Moatti

                                                           - Docteur en sciences de l’information et de la communication

- Chercheur associé au Lamic

 

Marseille brille sous la pluie, ce 15 octobre 2004. J’entre dans l’Alcazar, très belle et très moderne bibliothèque située au cœur du vieux Marseille, cours Belsunce, entre la gare Saint-Charles et la très célèbre Cannebière. Dirigé vers l’amphithéâtre, aux fauteuils confortables, je participe à la première réunion régionale de la future Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration. Ce colloque est présidé par Jacques Toubon nommé à la tête de la mission de préfiguration de ce musée à venir.

 

L’ouverture de la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration s’effectuera en janvier 2007, Porte Dorée à Paris, sur le site de l’ancien Musée des Colonies, mis en place lors de l’exposition coloniale de 1931, devenu ensuite le Musée national des Arts d’Afrique et d’Océanie. Vénérable et très vaste héritage qui démontre les liens puissants, économiques, linguistiques mais aussi affectifs qui unissent l’ancienne puissance colonisatrice aux pays d’origine des immigrants depuis la seconde moitié du XX siècle.

 

Voici plusieurs mois que les renseignements généraux s’inquiètent ouvertement de la montée des communautarismes à l’école et tentent d’avertir le gouvernement et les responsables politiques d’un repli communautaire. Illustrant la justesse de cette analyse, les violences scolaires sont en augmentation de 12% en 2003/2004, dont 1275 sont à caractère raciste, ainsi, Jean-Marc Müller, principal du collège de La Courtille en Seine-Saint-Denis, affirmait que l’actualité du Moyen-Orient induit des rivalités raciales ou religieuses entre les divers groupes d’élèves. Dès lors, l’œuvre entamée par la mission de préfiguration et la mise en place de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration devraient apporter une aide idéologique et pragmatique importante à la politique d’intégration républicaine accomplie par l’école et ses enseignants malgré de lourdes difficultés aujourd’hui reconnues.

 

Le concept d’une mémoire de l’immigration a été promu par le Gouvernement de Lionel Jospin en 2001 et repris par celui de Jean-Pierre Raffarin qui a lancé la mission de préfiguration en 2003. L’objectif proposé consiste à mettre en valeur le rôle des immigrés dans le développement économique, social et culturel de la France et en l’affirmation réitérée que leur histoire fait partie intégrante de la nôtre.

 

A plusieurs reprises l’importance numérique de l’immigration et de sa descendance, environ 12 à 15% de la population française, est soulignée par le Président de la mission de préfiguration. La France est depuis la fin des guerres napoléoniennes, un grand pays d’accueil, comme les USA, lsraël ou le Canada. Au grès des crises politiques, militaires ou économiques, les vagues successives sont arrivées dans notre pays. Carbonari d’Italie, révolutionnaires russes, puis ouvriers et soldats recrutés dans l’empire français durant la première guerre mondiale, suivis ensuite par les mineurs polonais, les Arméniens et les juifs d’Europe centrale fuyant les persécutions, les républicains espagnols vaincus. Après la seconde guerre mondiale, les ouvriers espagnols, italiens, les Indochinois, puis ceux du Maghreb et d’Afrique noire, sans compter les pieds-noirs et les harkis, ont permis de faire tourner à plein rendement la machine économique française durant « les trente glorieuses ».

 

Leur histoire est la nôtre, elle s’inscrit dans un vaste mouvement mondial de fluctuation des populations et dans nos gènes avec l’importance grandissante des mariages mixtes.

 

Aujourd’hui l’un des problèmes majeurs de l’école face aux enfants, c’est de leur permettre de se situer. En effet, il faut bien le constater, les manuels scolaires abordent peu le phénomène migratoire et lorsqu’il est traité, en géographie par exemple, l’immigration reste liée aux banlieues difficiles, elle est donc stigmatisée. C’est pourquoi, la mission pédagogique demeure l’une des plus importantes dévolues à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. Les liens avec l’Education nationale seront forts. Les enseignants bénéficieront de formations offertes par la cellule pédagogique du musée. Des dossiers seront coédités avec les Centres Régionaux de Documentation Pédagogique. L’évolution des programmes scolaires sera à l’ordre du jour à travers la littérature francophone.

 

L’Académie de Nice est concernée, des lieux de mémoire de l’immigration sont bien vivants. En effet, l’église russe de Nice, la pagode de Fréjus, foyers religieux attractifs, apparaissent dans de nombreux dépliants touristiques. Cependant, d’autres lieux de mémoire restent ignorés comme occultés, tels la mosquée architecturale de Fréjus ou le cimetière musulman de l’île Sainte-Marguerite. Pourtant, ces deux monuments demeurent les témoins, aujourd’hui silencieux, de notre passé africain où la générosité et le sublime ont souvent côtoyé l’oppression la plus sordide. Comprendre ce passé permettra de mieux construire l’avenir de notre pays et celui de nos enfants. C’est l’un des rôles importants de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration.

 

 

 Mosquée de Fréjus, vue intérieure

 

Mosquée de Fréjusphotographie Daniel. Moatti