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Economie immatérielle et diffusion du savoir

 

Daniel MOATTI

Chercheur au Laboratoire d’Anthropologie, Mémoire, Identité et Cognition sociale

 

 

En 2006, les auteurs, Jean-Pierre Jouyet et Marc Lévy,  du rapport « L’économie immatérielle, la croissance de demain » ont, à l’instar de leurs prédécesseurs de 1978, Alain Minc et Simon Nora, répertorié tous les secteurs de la société concernés par les transformations introduites par la société numérisée. Bien entendu, la diffusion du savoir et l’enseignement restent l’une des pierres d’achoppement du débat ouvert. 

Le document officiel aborde le domaine éducatif  lors de la première partie du chapitre 1 en recensant les failles qui font perdurer l’échec de l’enseignement supérieur en France. La défaillance essentielle étant, d’après les auteurs, un système inadapté aux contingences économiques du pays. Cette inadéquation entraîne une cohorte de maux tels que le chômage, le sous-emploi et la frustration. Cette remise en cause de notre enseignement supérieur s’appuie sur un schéma résolument techniciste de l’éducation 

Créativité

 

Ainsi que nous pouvons le constater, les rapporteurs s’éloignent de la vision classique de la transmission linéaire du savoir. Les étudiants ne sont plus des êtres passifs, mais des créateurs dont l’esprit d’initiative doit être encouragé et les travaux mutualisés grâce à l’utilisation et à la maîtrise des technologies de l’information et de la communication. Comment obtenir les résultats escomptés : tout naturellement en transformant radicalement l’enseignement. L’école doit former les jeunes esprits à ce nouvel environnement économique et technologique en s’appuyant sur un futur Conseil pour la Diffusion de la Culture Economique et en donnant une nouvelle impulsion à l’enseignement supérieur. Cet élan serait concrétisé par une augmentation conséquente des moyens financiers mis à la disposition des Universités et par une réforme profonde des structures d’accueil des étudiants. Ces deux points restent inévitablement liés.

L’investissement financier semble le premier mode opératoire en injectant  0,5% du Produit Intérieur Brut (PIB) et multipliant ainsi par quatre les crédits accordés par le budget de l’Etat 2007. Les auteurs préconisent le regroupement des moyens par la fusion des petites et moyennes Universités ainsi que le rapprochement entre les Grandes Ecoles et les Universités.  Bien entendu, au lieu de dépendre essentiellement de l’Etat, les Universités pourraient obtenir un cofinancement par les Conseils régionaux et les entreprises privées.

Cette complémentarité financière des secteurs privés et publics au service de l’enseignement supérieur s’appuierait sur une contractualisation de projets d’enseignement et de recherche.  Ce qui requiert d’une part, l’autonomie des Universités et, d’autre part, une évaluation régulière des résultats obtenus par chacune des Universités tant dans les domaines de l’enseignement que de la recherche. La souplesse induite par ces propositions impose d’après les rédacteurs, la remise en cause de la gratuité de l’enseignement supérieur et une sélection à l’entrée même de l’Université. Ainsi le secteur universitaire ne serait plus encombré par des grandes masses d’étudiants sans réels objectifs, ce qui permettrait dans des délais relativement courts d’entreprendre des innovations technico-pédagogiques de transfert des connaissances. 

La réforme présentée par Valérie Pécresse s’insère bien évidemment dans le cycle proposé. Cependant la résistance offerte par les enseignants et les étudiants impose au pouvoir politique d’avancer lentement, très lentement, de peur de déclencher de trop fortes turbulences sociales et politiques. D’autant plus, faut-il le souligner, que l’enseignement supérieur en général et les Universités, en particulier, ont servi depuis plus de trente ans de régulateur au chômage des jeunes. Lorsqu’un jeune poursuit des études supérieures, il n’est pas comptabilisé parmi les demandeurs d’emploi. Cependant, après deux, trois, voire huit ans d’études, l’entrée dans la vie active de nombre de diplômés se transforme en cauchemar. Le chômage et le sous-emploi restent encore et toujours le problème numéro un des jeunes diplômés. Cette inquiétude sourde mais légitime de la jeunesse estudiantine justifie à elle seule les mouvements revendicatifs qui se sont développés depuis mai 1968 en dépit du renouvellement des générations, de la création de nouvelles filières et des multiples réformes entamées, achevées ou, au contraire, abandonnées. Si nous suivons les auteurs des récents rapports qui remettent tous en cause, parfois à juste raison,  les filières d’enseignement, le système éducatif ne produirait plus que des techniciens, des juristes et des « managers ». Les Lettres, hors la langue anglaise, et les sciences humaines semblent exclues du proche avenir. La société n’a-t-elle plus besoin d’historiens pour analyser ses propres évolutions, ni de sociologues pour ausculter les déchirures du tissu social induites par le libéralisme économique exacerbé, ni de psychologues pour panser les blessures de la vie, ni de traducteurs en allemand, italien, arabe ou japonais, ni de romanciers, de poètes, d’artistes ? C’est cette approche pragmatique et idéologique qui doit être privilégiée lors des discussions avec les pouvoirs politiques et économiques. Le présent engage aussi la conception même du futur de notre société.