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Des auteurs révoltés par le nouveau conditionnement de l’école

                        

Daniel Moatti

                         Chercheur associé au Laboratoire d’Anthropologie et de Sociologie

« Mémoire, Identité et Cognition sociale »

 

 

Les débats passionnés autour du film « Entre les murs », qui présente une classe de banlieue avec son professeur, rejoignent les discussions captivantes consacrées aux cinq livres relatifs au système scolaire français lors du festival du livre de Mouans-Sartoux. Avec six auteurs et un imprimeur présents au festival, deux rencontres affichées et un débat annoncé l’école s’est  taillée la part du lion. Suscitant toujours autant d’écrits, de films et de reportages, le système scolaire ressemble plus à une vedette ou à une « star » qu’à cet organisme à bout de souffle décrit par les journalistes, les ministres et quelques hauts fonctionnaires.

 

A plusieurs reprises dans ces colonnes, j’ai présenté les ouvrages de Philippe Meirieu et les conférences que le célèbre pédagogue a effectuées dans notre département. C’est pourquoi, cette fois-ci je préfère relater le débat du dimanche 5 octobre qui a permis la confrontation de cinq auteurs moins connus du grand public que de revenir sur les approches déjà observées et analysées de Philippe Meirieu.

 

L’intitulé du débat ne laisse pas de doute quant à la volonté des organisateurs :

Ecole : les raisons de la colère ?

De quelle colère est-il question ? Celle des auteurs invités à cette discussion qui sont aussi des enseignants sauf pour l’un d’entre eux :

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-       Nadia Butaud et Marie-Cécile Kovacs, jeunes professeurs agrégés, auteurs d’un ouvrage intitulé « Rapport de classe » paru aux éditions de l’Olivier en 2008 ;

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-       Luc Cédelle, journaliste au Monde de l’Education, auteur du livre : « Un plaisir de collège »,  édité par le Seuil en 2008 ;

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-       Eddy Khaldi, enseignant et responsable syndical, auteur avec Muriel Fitoussi d’un ouvrage : « Main basse sur l’école publique », édition Demopolis, 2008 ;

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-       Henri Pena-Ruiz, professeur agrégé de philosophie en khâgne, défenseur reconnu de la laïcité à la française.

 

Dans une salle bien remplie par les enseignants des secteurs primaire et secondaire, le débat s’est vite engagé. Les cinq intervenants dénoncent avec une belle unanimité la politique du gouvernement Fillon et  du ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos. Les 24000 suppressions de postes prévues en deux ans (2008 et 2009) introduisent d’après nos auteurs, non seulement un changement quantitatif, mais aussi qualitatif de l’enseignement. Trois débats successifs eurent lieu : les rapports entre l’enseignement public et l’enseignement privé, puis les suppressions de postes les heures supplémentaires, et, enfin, la pédagogie.

 

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-       Henri Pena-Ruiz imposa sa puissante personnalité et souleva un intéressant problème lié à l’actualité. Il ne comprenait pas, ou plutôt trop bien, l’intérêt du gouvernement à injecter des milliards d’euros d’argent public dans le système bancaire et à restreindre dans le même temps les moyens humains nécessaires au bon fonctionnement de l’Education nationale. Défenseur inlassable de la laïcité, il s’étonne de l’attribution par le plan « Banlieue » nouvellement dévoilé par la secrétaire d’Etat chargée de la politique de la ville, Fadela Amara, de 500 postes dans les écoles privées de banlieues alors que l’école publique voit se restreindre les moyens qui lui sont attribués. 

 

Un autre reproche est émis par l’auteur, le refus obstiné des responsables publics de prendre en compte les conditions sociales de l’échec scolaire.

 

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-       Eddy Khaldi remarque à son tour que l’enseignement privé est beaucoup moins touché par les suppressions de postes que l’enseignement public. Le syndicaliste revient sur la loi de 2004 obligeant les municipalités à aider financièrement un élève qui rejoint une école privée sous contrat dans une autre commune que la sienne. Une autre affirmation illustre les propos d’Eddy Khaldi qui constate que le rapport entre enseignants et élèves est de 28 élèves par professeur dans le public et de 23,5 élèves par professeur dans l’enseignement privé.

 

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-       Henri Pena-Ruiz reproche au modèle économique d’appliquer des méthodes de « management » à l’école et de transformer les chefs d’établissement en « managers ». Cette situation a pour conséquence que l’école est au service de la société mais ne développe plus chez les élèves la libre réflexion. Avec le choix des heures supplémentaires et la diminution drastique des postes d’enseignants mis aux concours, les professeurs doivent se disperser et perdent leurs moyens de concentration sur une tâche primordiale « enseigner » et « instruire ».

 

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-       Luc Cédelle, dont la vision du système scolaire s’oppose à celle de Pena-Ruiz, le rejoint sur la gestion étriquée de l’école et la suppression de la carte scolaire. D’une part, Luc Cédelle renvoie dos-à-dos les enseignants qui ne veulent pas compter et les gestionnaires qui ont ordre de restreindre les dépenses. D’autre part, le journaliste soutient que le candidat à la présidence, Nicolas Sarkosy, s’est emparé du thème de la carte scolaire, affirmant qu’elle interdisait la mixité sociale dans les écoles. Sa suppression, on le constate aujourd’hui, renforce en réalité la ségrégation sociale. 

 

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-       Justement, Nadia Butaud et Marie-Cécile Kovacs jeunes enseignantes en banlieue soulignent que les recettes miracles n’existent pas et qu’elles doivent s’adapter à des situations diverses, certes pas toujours faciles. Elles remarquent que les discussions entre enseignants de divers établissements permettent des échanges fructueux.

 

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-       A la fin d’un débat très riche, les questions fusèrent dans une salle passionnée. D’ailleurs les organisateurs ont été obligés de clore la séance de questions/réponses après deux heures d’échanges très intéressants.