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Poids du savoir et pathologie dorsale

 

Daniel MOATTI

 

Chercheur associé au laboratoire d’anthropologie mémoire,

identité et cognition sociale de l’université de Nice Sophia

Antipolis

 

 

Les manuels scolaires d’aujourd’hui s’agrémentent d’une superbe iconographie et d’une solide documentation dont la qualité et la quantité s’améliorent d’une année sur l’autre. Pédagogiquement ces perfectionnements sont parfaitement justifiés et l’outil mis à la disposition de l’enseignant est bien plus performant que celui utilisé par les professeurs et les collégiens d’antan. L’iconographie et les documents permettent aux instituteurs et aux professeurs des différentes disciplines d’illustrer à volonté leur cours. Cependant ces progrès impliquent un accroissement très important du poids des manuels malgré le remplacement des couvertures en carton dur par des couvertures en carton souple.

 Ainsi plusieurs exemples prouvent cet accroissement sensible du poids des manuels :

bulletLe livre de mathématiques 6ème, collection les petits manuels, éditions Hatier, 2000, pèse 320g pour 159 pages et le math 6ème, collection prisme, édition Belin, 2005, pèse 700g pour 287 pages ;
bulletle livre d’histoire de 1ère, collection Girard, édition Bordas de 1966 pèse 700g et celui de 1ère Es, L/S, édition Magnard de 2003 pèse 1100g.

 

A raison de 6 à 8 manuels par élève auxquels s’ajoutent les poids du cartable, des cahiers, des  classeurs et des trousses, sans compter les affaires d’éducation physique, certains jours, les écoliers et les élèves demi-pensionnaires qui bien souvent représentent, plus de 50% des scolarisés, se transforment en escargots ou tortues transportant leur maison sur le dos.

 

Les associations de parents d’élève, les ministres, les médecins ont abordé le problème. François Bayrou, ministre de l’Education nationale réunit une commission ad hoc en  1995. Cette commission regroupait tous les acteurs, responsables pédagogiques, administratifs, représentants syndicaux et de parents d’élèves ainsi que les responsables associatifs des  médecins spécialisés. Le 17 octobre 1995, le ministère de l’Education nationale publiait une note de service destinée aux Inspecteurs d’académie, aux  Recteurs et aux chefs d’établissement. Le ministère reconnaissait le bien fondé des inquiétudes parentales et proposait plusieurs actions :

1 – allègement du poids du cartable  qui ne devrait pas dépasser 10% du poids de l’élève ;

2 – une formation dispensée par les professeurs d’Education Physique et Sportive apprenant aux élèves à ménager leur colonne vertébrale ;

3 – des informations diffusées par les médecins et les infirmiers scolaires auprès des membres de la communauté éducative.

Il faut remarquer que cette note de service était en deçà des ambitions affichées par le ministre qui suggérait que les manuels scolaires soient remplacés par deux ouvrages de références et que chacun des élèves dispose d’un jeu de deux référentiels, l’un au collège, l’autre à domicile pour éviter tout transport.

 

En janvier 1998, Ségolène Royal, ministre délégué à l’Enseignement scolaire réitéra ces recommandations par circulaire en date du 9 janvier 1998.

 

Il faut bien reconnaître que cette volonté ministérielle a été battue en brèche. Plusieurs  enquêtes menées par les associations de parents d’élèves prouvent que 10 ans après la note de service de 1995, les cartables présentent toujours un poids excessif. Ainsi, le journal de Civray du 16 septembre 2005 relate qu’un enfant de moins de 30kg portait un cartable de plus de 9 kg. Pour Pauline Sommelet, journaliste à l’Express, article du  4 septembre 2003, le cartable des élèves de sixième reste trois fois trop lourd.

 

Les conséquences s’avèrent sérieuses, 15% des adolescents souffrent d’une scoliose. La fédération des médecins traumatologues constate que les élèves portent leur cartable de 300 à 400 heures par an ; que le cartable pèse 6 Kg dans le primaire, passe à 10 Kg en 6ème, puis à plus de 12 Kg à partir de la 4ème.  Outre la fatigue des élèves qui transportent leur cartable d’une salle à l’autre, via les escaliers, les médecins traumatologues remarquent que 86% des adolescents souffrent parfois ou souvent du mal de dos (référence : Fichier Magazine Technique Médical – article L’Electro Dos du 16/09/2005).

 

A la rentrée 2005, les membres de la Fédération des Conseils de Parents d’élèves (FCPE) de Drancy en Seine-Saint-Denis ont relancé l’action en proposant une charte du cartable léger avec l’appui de la Caisse Primaire d’Assurance maladie ( Le quotidien du médecin du 16/09/2005).

 

Comment cette situation a-t-elle perduré, malgré l’action de deux ministres (droite et gauche confondues), des associations de parents d’élèves et des médecins ?

 

En fait, les réponses apportées ne sont pas satisfaisantes. L’ordinateur portable reste en dehors du département des Landes, un objectif lointain et coûteux. Le poids des manuels aurait dû diminuer avec l’emploi de couverture bien plus légère, mais les programmes imposent une pagination plus importante. Quant au double jeu de manuels, il suppose que les classes puissent rester dans la même salle. Or les contraintes des emplois du temps l’interdisent.

 

Des solutions simples peuvent rapidement être mises en œuvre :

-         l’enseignement relatif à l’ergonomie permettrait de pallier une part de ces difficultés en apprenant à l’élève comment protéger son dos ;

-         L’iconographie et la documentation des manuels pourraient être transférées sur cédéroms, ce qui allégerait subséquemment les manuels réduits aux leçons et  aux raisonnements ;

-          Les manuels scolaires pourraient être divisés en 3 fascicules, 1 par trimestre, ce qui diminuerait des 2/3 les poids de ces  manuels ;

-         Chaque manuel devrait voir son poids affiché en gros caractère sur la dernière page de couverture. Cette information devrait permettre de prendre en compte le poids parmi les critères de choix.

 

En conclusion, un dos abîmé à l’adolescence signifie des soins durant toute la durée de vie. Aussi, serait-il temps pour la protection des élèves, pour celle des futurs citoyens et pour les finances de la Sécurité sociale que ce problème soit sérieusement considéré !