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 Quand la science-fiction ausculte l’école du futur

                                        Daniel Moatti

                                        Chercheur au Laboratoire d’anthropologie et

de sociologie, mémoire, identité et cognition sociale

 

La Palme d’or décernée par le 61è Festival de Cannes au film « Entre les murs » de Laurent Cantet rappelle opportunément que le système scolaire reste un enjeu de société. C’est ainsi que l’école apparut en filigrane lors du dernier « café littéraire[1] » organisé par la Fnac. Ses invités deux jeunes universitaires, écrivains de science-fiction et un éditeur, jeune lui aussi, spécialisé dans ce domaine, Ugo Bellagamba, Maître de conférences en histoire du droit à l’Université de Nice et Eric Picholle, chercheur en science physique au Cnrs, ont publié un ouvrage « Solutions non satisfaisantes » qui analyse l’abondante œuvre de Robert Heinlein. Ce dernier est le précurseur et le fondateur de la science-fiction américaine, appelée en ses débuts,  l’anticipation. De nouveau Ugo Bellagamba, mais avec cette fois Thomas Day, a écrit un livre de clins d’œil à l’univers des mangas, bandes dessinées japonaises parfois particulièrement violentes : « L’école des assassins ». Sous une forme très différente, puisque le premier ouvrage cité se présente comme une étude scientifique, voire universitaire, de la vie du grand auteur de science-fiction américaine, ces deux textes évoquent l’école du futur, les enseignements et les méthodes d’un avenir pas si lointain.

 

Robert Heinlein, classé à gauche aux Etats-Unis est volontiers assigné à droite par l’intelligentsia française oublieuse de son soutien au New-Deal et à la défense d’idéaux socialistes dans les USA de la Grande dépression. Cependant cet écrivain, ancien élève -officier de l’Académie Navale, écarté d’une brillante carrière d’officier par la tuberculose, témoignera dans ses ouvrages d’une forte nostalgie. Les cadets de l’école spatiale sont aussi énergiques, courageux et idéalistes que le jeune « midship » l’était. Cette vision d’un enseignement rigide et paternaliste fondé sur de forts principes moraux, explicite largement le rejet à droite de Robert Heinlein en France.

 

« L’école des assassins » propose un futur aux mains des triades, grandes compagnies criminelles asiatiques, et d’une transnationale qui maîtrise l’espace et le génie génétique. Ces triades emploient de jeunes assassins formés dans des écoles spéciales par des maîtres d’armes utilisant les biotechnologies et la génétique pour renforcer les corps et les pouvoirs mentaux de leurs jeunes élèves. Le suspens dure jusqu’à l’affrontement final entre les bons et les méchants comme dans nos anciens et très sympathiques westerns.

 

Quel est le lien entre le film de Laurent Cantet, l’approche musclée de l’école de Robert Heinlein et la puissance biotechnologique des héros d’Ugo Bellagamba, un seul, mais il reste déterminant : l’éthique. Car, en fin de compte, la transmission des valeurs d’une génération à la suivante appartient non seulement à la pédagogie, mais comme le  reconnaissait Platon, il y a plus de 2000 ans, à l’éthique individuelle et sociale.

 

Deux livres intéressants, voire passionnants à lire :

-       Solutions non satisfaisantes, une anatomie de Robert Heinlein par Ugo Bellagamba et Eric Picholle aux éditions « Les moutons électroniques ». Un livre destiné à un lectorat possédant une bonne culture en science-fiction et aimant l’analyse littéraire ainsi que l’histoire des idées ;

-       L’école des assassins, Thomas Day et Ugo Bellagamba, éditions Le Bélial’. Un ouvrage destiné à tous, jeunes et moins jeunes désirant s’initier à la science-fiction.


 

[1] Chaque dernier samedi du mois, la Fnac organise un « café littéraire », à 16 heures au Loridan, 4 rue Valperga, 06000 Nice.