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Quelle éthique pour les enfants surdoués ?

 

Daniel Moatti

Chercheur associé au Laboratoire d’Anthropologie

Mémoire, Identité et Cognition sociale

 

Le 5 octobre, lors du festival du livre de Mouans-Sartoux, j’ai longuement discuté avec  Monique Binda, co-auteur de l’ouvrage intitulé « Comment accompagner les enfants intellectuellement précoces[1] », avec André Giordan. Présidente de l’Association Nationale des Parents d’Enfants Intellectuellement Précoces[2], l’auteur livre les réflexions et les expériences accumulées durant des années d’engagement. Comme beaucoup d’enseignants, lorsque j’entendais parler « d’enfants surdoués », je pensais à des élèves poussés par les parents dans une logique scolaire hypertrophiée. Cependant, ce raisonnement ne correspond pas à la réalité. Si la situation décrite ci-dessus subsiste dans bien des cas,  il reste une frange d’enfants effectivement surdoués ou plus justement intellectuellement précoces. D’après les statistiques ces enfants représentent entre 2% et 5% des enfants scolarisés. Le psychologue, Jean-Charles Terrassier, affirme qu’un enfant par classe serait surdoué.

 

Le premier problème posé reste la reconnaissance de la précocité. Quels sont, en effet, les symptômes apparents de l’enfant intellectuellement précoce ? Pour André Giordan, ces élèves sont surdoués d’un point de vue logique et dans tous les domaines de l’abstraction. Ils présenteront donc une très grande capacité à répondre aux tests de coefficient intellectuel avec deux, voire trois ans d’avance. Cependant, une seconde caractéristique apparaît,  ils sont malhabiles de leurs mains et de leur corps. Le geste est lent, mais le cerveau rapide. Ces enfants sont en dehors les normes utilisées par l’Education nationale. En classe, ils s’ennuient, les programmes ne correspondant pas à leur âge mental, mais les placer dans les classes supérieures, c’est les mettre au contact d’enfants ayant plusieurs années de plus qu’eux et peut-être plus matures émotionnellement. Ainsi s’explique un mal-vivre à l’école, des relations très distendues, inexistantes ou hostiles avec leurs camarades de classe et même, en fin de compte,  l’échec scolaire pour la majorité d’entre eux. Jean-Charles Terrassier met en cause dans ces parcours souvent chaotiques la « dyssynchronie ». C’est-à-dire que l’enfant surdoué intellectuellement se trouve en difficulté avec lui-même et avec son entourage. Fragilisé, il est victime d’angoisses et de troubles du sommeil. 

 

Longtemps ignoré, le problème a été pris en compte par l’Education nationale en 1987 par la création de quatre classes expérimentales. Puis cette expérience a été rapidement abandonnée et c’est une structure privée qui a pris la relève à Nice[3] et a fait ensuite école dans d’autres villes.

 

Parallèlement, de nombreux enseignants, conscients des problèmes posés, demandaient le passage de ces écoliers dans une classe supérieure. Enfin, depuis la loi d’orientation pour l’avenir de l’école de mai 2005, l’enfant surdoué doit être reconnu et pris en charge par le système scolaire public. C’est le sens de la circulaire du 17 octobre 2007 intitulée « Parcours scolaire des élèves intellectuellement précoces ou manifestant des aptitudes particulières à l’école et au collège ».  Ces textes proposent des accueils adaptés, une détection précoce, l’information des parents ainsi que la formation des enseignants[4]. En cas de difficultés, il faut prendre contact avec l’Inspection académique pour les écoliers et les collégiens et le Rectorat pour les lycéens les plus proches du domicile. Notons que les enseignants sont de plus en plus sollicités. Leurs tâches augmentent sans cesse, informatique, Internet, enfants handicapés, enfants intellectuellement précoces. Quels moyens financiers et humains peuvent être mis à leur disposition pour accomplir ces nouvelles missions ?

 

La France n’est pas le seul pays développé en difficulté face à ce problème. Selon un témoignage, aux Pays-bas, la prise en charge de certains enfants précoces se passe dans de très mauvaises conditions[5]. Aux Etats-Unis, en Israël et en Chine les enfants surdoués sont réunis en classes particulières participant ainsi le plus rapidement possible au développement scientifique et technologique de ces pays.

 

Comme pour les enfants handicapés, la réponse n’est pas simple, maintien en milieu ordinaire ou mise en place dans des structures adaptées ? Développement personnel harmonieux ou mise au service rapide des institutions scientifiques ? Nous sommes réellement confrontés à un problème de moyens et d’éthique.

 

 


 

[1] Monique Binda et André Giordan– Enfants surdoués : un nouveau regard – Comment accompagner les enfants intellectuellement précoces – 2007 – Delagrave – 18,50 €

[2] Association Nationale des Parents d’Enfants Intellectuellement Précoces – 7 rue de la Providence – 06300 Nice

[3] Lycée privé Michelet - 2 rue Foncet – 06000 Nice

[4] Bulletin officiel de l’Education nationale n°38 du 25 octobre 2007 – page 2149

[5] http://forums.france2.fr/france2/education/enfant-surdoue-dehors-sujet_568_1.htm