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L’Education nationale à l’épreuve des technologies

de l’information et de la communication

 

Daniel MOATTI

                                               Chercheur associé au laboratoire d’anthropologie,

mémoire, identité et cognition sociale

 

 

Depuis l’invention du film et des caméras cinématographiques 8 et super-8, puis du téléviseur, du magnétoscope, de l’ordinateur et actuellement avec l’expansion continue d’Internet, le ministère de l’Education nationale mène une politique volontariste engageant de plus en plus la communauté éducative à utiliser les techniques communicationnelles.

 

En fait, la prise en compte de la dimension technologique de ce passé éclaire singulièrement le présent pédagogique. C’est ainsi qu’apparaît une remarquable continuité pédagogique et politique s’étendant sur une longue période chronologique de plus de 40 ans. Cette constante a été largement facilitée par la décentralisation. En effet,  les collectivités territoriales participent financièrement et avec beaucoup de générosité à une véritable course à l’équipement informatique des établissements scolaires. Une longue liste de fournitures numériques offertes par les collectivités locales peut être établie, cartables numériques dans les Landes et les Bouches-du-Rhône, clefs USB et vidéo projecteurs à Laval, tableaux interactifs dans les Alpes-maritimes, achats de logiciels et équipements lourds de salles informatiques partout en France. Cette volonté politique, financière et éducative traduit une attente, un objectif prioritaire qui consiste à généraliser l’innovation pédagogique et à constituer une véritable communauté éducative fondée sur l’utilisation des Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Education. Cette résolution se traduit par l’extension des Environnements Numériques de Travail dans de nombreux collèges et lycées.

 

Tel reste le sens premier des discours officiels prononcés, depuis plus de 15 ans, tant au niveau ministériel que par les fonctionnaires de la haute hiérarchie pédagogique. Cependant, la question se pose de l’unicité d’une « communauté éducative » idéale fondée sur l’utilisation parfois obligée, souvent forcée, des technologies de l’information et de la communication par des enseignants passionnés, intéressés, résignés ou hostiles.

 

·        Internet et les T.I.C.E participent-ils à cette élaboration communautaire ainsi que le soutient Gilles de Robien, ministre de l’Education nationale, à l’occasion de son discours de rentrée prononcé le 14 septembre 2006 ?

·         Au contraire, font-ils éclater en « particules élémentaires », selon le titre du roman de Michel Houellebecq, une communauté éducative déjà bien malmenée par les attentes diverses, voire opposées, de ses acteurs, les médias et la désagrégation des liens sociaux ?

 

 

Le danger d’une disparition de l’homme-enseignant (qui sert aussi de modèle aux élèves), au profit de la machine numérique et du réseau Internet guette notre système éducatif. C’est ainsi que les départs à la retraite des enseignants de la génération du « baby-boom » ne seront pas remplacés, déjà le recrutement de 2007 laisse prévoir un déficit de plusieurs milliers de postes. Derrière le discours d’une pédagogie innovante (absolument nécessaire) résolument appuyée sur les technologies de l’information apparaît l’art de l’économie. Un ordinateur, un réseau câblé coûtent bien moins chers à la société qu’un professeur. Politiquement l’investissement dans le numérique scolaire demeure bien plus visible que l’investissement dans le matériel humain. Une salle de classe informatisée avec 25 ordinateurs et une suite bureautique Windows revient à  15.000 €. L’espérance de vie de cette salle, en intégrant l’entretien des ordinateurs et la mise à jour des logiciels, peut atteindre 6 à 9 neuf ans pour un coût d’environ 5.000 €. Cet équipement lourd est immédiatement visible, palpable par les parents d’élèves qui sont aussi des électeurs. Comparons le coût de cet équipement numérique au salaire annuel d’un jeune professeur certifié qui est d’environ 15000 €. Cette rémunération pour une même période de 6 à 9 ans atteindra la somme de 90.000 à 135.000 € suivant l’échelon indiciaire de l’enseignant.

 

Déjà, dans certaines hautes sphères éducatives, il est question d’un remplacement de l’homme par la machine intelligente. Le scientifique et célèbre écrivain américain, Isaac Asimov, dans son ouvrage « Face aux feux du Soleil » décrivait, dès 1957, un enseignement à distance interactif sans aucun contact physique entre enseignants et enseignés. Sans nier les apports pédagogiques  des technologies de l’information, il faut reconnaître que ces outils numériques ne peuvent effacer d’un coup de baguette magique la violence scolaire, les incivilités, les problèmes sociaux. La relation humaine, le colloque singulier de l’élève et du professeur restent indispensables à la formation du futur citoyen ainsi que l’affirmaient en 1978, Alain Minc et Simon Nora. Personnellement, je suis persuadé que le cycle s’enclenche tout naturellement et que la grève des enseignants du 28 septembre ne peut pas être une réponse suffisante au non-renouvellement des postes, si les syndicats enseignants ne prennent pas en compte l’idéologie techniciste qui sous-tend ces suppressions et ne proposent pas de réponses idéologiques, pédagogiques et sociétales.